Les technologies en République démocratique du Congo, le cadet des soucis des administrations

Article : Les technologies en République démocratique du Congo, le cadet des soucis des administrations
5 octobre 2017

Les technologies en République démocratique du Congo, le cadet des soucis des administrations

Dans ce pays il y a un ministère national et même un conseiller à la présidence de la République en charge des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Après le mort-né de la fibre optique, on ne jure que par le biométrique. Dans l’un de mes blogs je vous avais montré comment les cartes d’électeurs n’ont aucun système de protection en République « biométrique » du Congo. Ces cartes qui constituent le sésame même des congolais sont falsifiées et piratées par des informaticiens même du degré élémentaire. C’est « Biométrique » non !

Ku band d'une distribution internet à Butembo à l'est de la RDC © Photo Umbo Salama

Rendons-nous dans une institution judiciaire à Butembo, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), à environs 300 kilomètres au nord de Goma. Assis derrière une vieille table en bois, un magistrat écrit un procès-verbal, au stylo, sur du papier de réemploi. A ses côtés, un greffier tape le dossier d’un jugement sur une vieille machine à écrire. Des machines dactylos sont encore utilisées ici. Certains utilisent les quelques ordinateurs disponibles. Pour cela, il faut allumer un groupe électrogène pour les mettre en marche. Certains dossiers sont gardés dans des cartons. Imaginez ce qui pourra arriver aux pièces administratives de cette institution, dans ce pays « biométrique » où des manifestants se donnent rendez-vous au gré de vent et vont  jusqu’à saccager des institutions publiques.

La même scène se déroule dans des bureaux administratifs des entités de base. Assis derrière une vieille table en bois dans une pièce exigüe, le chef adjoint d’un quartier dresse le rapport annuel de son entité sur du papier arraché des cahiers. Il fait presque noir dans ce bureau. Les recenseurs se servent des papiers volatiles pour enregistrer les nouveaux venus dans leurs entités. Les archives et statistiques sont aussi « biométriques ». Les mouvements des populations sont difficilement contrôlables. Comme ici, des bureaux des quartiers manquent cruellement de fourniture comme les fiches de recensements et autres documents.

Les NTIC, seulement pour les jeux et réseaux sociaux

 Une rédaction d'un journal en ville de Butembo © Photo Umbo Salama

Certains bureaux sont équipés en ordinateurs. Des agents ont presque chacun une tablette ainsi que de smart et iPhone. Un de mes professeurs des cours de communication des organisations qui voulait découvrir comment fonctionne le service de communication du ministère congolais des Affaires Étrangères raconte à quel point il a été surpris de rencontrer quatre agents dans ces bureaux, tous concentrés derrières leurs ordinateurs. Curieusement, le premier jouait aux cartes, le deuxième au « Zuma deluxe », le troisième au billard en ligne et le quatrième consultait le profil des filles sur Facebook. « Voilà pourquoi tout est « biométrique » au Congo », s’était exclamé, ce professeur à la fin de l’histoire.

Cela semble logique si l’on tient compte des récentes études sur l’usage des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) en Afrique. Dans un Communiqué de presse publié le 18 février 2016, Deloitte Afrique Francophone, DAF, indique qu’en 2016, 400 millions d’africains consommeront des jeux sur leur mobile. Cette situé est liée à l’émergence d’une classe moyenne plus jeune, plus connectée et aspirant à de nouveaux besoins.

Nombreux ont été témoins de la grande délégation du président Joseph Kabila à la 72ème Assemblée Générale de l’ONU. Alors qu’on s’attendait à une communication pour redorer l’image du pays, les membres du bureau de communication du président de la République étaient plus préoccupées à faire du selfie dans des coins chics de New York. En fait, il y avait une bonne coïncidence : un weekend. Et on lisait sur leurs pages : « Untel a changé sa photo de profil ou tel autre vous a identifié dans une photo ou encore tel indique qu’il était avec vous aux Etats-Unis… ».

Et la transmission des décisions…

C’est un autre casse-tête. Un enseignant du secondaire est nommé gouverneur du Nord-Kivu, sous le régime de Mobutu. Mais il n’en est pas informé. Un policier, venu en hâte, tout couvert de sueur, lui rend des honneurs dans la salle de classe pour lui annoncer sa nomination. Demandez même aux ministres comment ils sont informés de leur nomination : « Par la lecture de l’ordonnance présidentielle à la télévision ». La notification vous arrive quand vous êtes déjà en fonction. Que Dieu Bénisse la République Biométrique du Congo…

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Commentaires

Crys
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Bonjour

J'ai bien lu votre publication qui m'a vraiment interessee.
Je suis entrain de preparer une recherche sur le deploiement de "E-goverment" En RDC.
Je souhaite entrain en contact avec tout congolais qui a le souci de revolutionner ce domaine (ICT, E-gov, ...) afin de travailler ensemble pour arriver a influancer le gouvernement sur ce sujet qui est a l'ordre du jour dans beaucoup de pays.

salamaonline
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C'est une bonne initiative et plusieurs personnes sont prêtes vous empoiter les pas dans ce travail.

Mbondo Bololo
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L'instauration d'une administration passe impérativement par un projet du type Aadhaar en Inde. Pour information, ce projet est la plus grosse base de données biométrique du monde. On devra attribuer à chaque congolais un numéro d'identification unique, lié à ses informations démographiques et à sa biométrie.
Cette base de données servira de socle pour l'ensemble des activités administratives: Etat civil, ressources humaines, justice, permis de conduire, banques et organismes financiers, élections, impôts, mouvement de population, bref à l'ensemble de la vie des congolais. On pourra par exemple aller à la banque sans une quelconque carte d'identité.
La question fondamentale est: combien ça coûte à l'Etat ?
Plusieurs modes de financement peuvent être envisageables:
1. Financement direct de l'Etat
1/4 du coût de l'organisation d'une élection par la CENI suffit amplement. Ces sous peuvent être compensés par les retombées sur les revenus générés par le gestion de l'état civil, le KYC des banques, le service d'identification et les quelques documents administratifs qui seront gardés (90% vont en effet disparaitre).
2. Entreprise privée
L'Etat ayant prouvé son incompétence en matière d'administration, une entreprise privée, avec le support des banques et surtout une contribution mineure de la population peut mettre en place un projet pareil et le rentabiliser au profil de l'Etat.

La place des élections
Dans un environnement administré, les élections seront organisées localement, on a pas besoin d'une institution complètement inutile et budgétivore comme la CENI. Les entités peuvent organiser localement les élections en se basant sur la base de données biométrique, les listes électorales seront publiées automatiquement. Les votes pourront se faire selon un protocole prédéfini de la même façon dans toutes les entités. Un service du ministère de l'intérieur se chargera de regrouper les résultats. A la limite, les votes peuvent se faire avec les papiers provenant des cahiers d'écolier et des urnes fabriquées sur place qui ne couteront rien du tout. La responsabilité du vote devra être rendu aux citoyens.

KETY NSUMBU
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Les NTIC, un peu partout, sont malheureusement réduites à quelques usages de téléphonie mobile (smart-phones, et autres technologies).
Cependant, en temps que technologies transversales (avec des caractéristiques ibiquitaires et pervasives), il nous semble important, que les NTIC (autant pour les statistiques) soient abordées en appui (au regard) de tous les secteurs institutionnels de système de comptabilité nationale (de chaque pays). ainsi, plusieurs aspects laissés pour compte (investissements, contribution dans les activités de développement économique et social, et bien d'autres), dans le traitement des NTIC, pourront révéler des détails importants qui échappent dans beaucoup de rapports, articles, voire plans / programmes nationaux.