Ramazani Shadary, une passerelle pour le troisième mandat constitutionnel de Joseph Kabila

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Surprise du côté de l’opposition, de la majorité présidentielle et même de la société civile. Personne et encore personne n’avait pronostiqué Emmanuel Ramazani Shadary comme candidat de la plateforme électorale de Joseph Kabila, le  FCC (Front Commun pour le Congo), pour les élections présidentielles du 23 décembre 2018. Même Shadary n’avait pas pronostiqué sur sa propre personne. Quelle stratégie inattendue de Joseph Kabila pour ces élections !   

Profil de Shadary sur face book © Photo droit des tiers

Mercredi 8 Août, Joseph Kabila, désigne son Dauphin. Contre toute attente c’est le nom de Shadary qui est sorti. Selon Colette Braeckman, l’heureux nominé fut le premier à être surpris par la nouvelle. Informé par le président, Shadary fut tétanisé par l’émotion et faillit littéralement tomber de sa chaise, poursuit Braeckman, qui cite un témoin de la scène. Sur des réseaux sociaux et sur la scène politique nationale et internationale des réactions sont au rendez-vous.

Dans la majorité présidentielle, nombreux sont ceux qui applaudissent cette nomination sans la porter vraiment au cœur. Avant d’élever Shadary au rang du candidat du FCC, Joseph Kabila avait déjà demandé aux membres de ce regroupement électoral de proposer chacun quatre noms présidentiables. Les noms de l’ancien Premier Ministre, Matata Ponyo, et du Président de l’Assemblée, Nationale Aubin Minaku, sortaient en tête des listes. Mais Kabila a prouvé que lui seul maîtrise les mystères de l’existence du FCC. Dans l’opposition comme dans la société civile et la communauté internationale, c’est une étape franchie car Joseph Kabila ne va pas briguer un troisième mandat.

Difficile de décrire Shadary

Sur les réseaux, on déterre les souches ancestrales de Shadary, qui se trouvent au Maniema, pour le lier à la famille du président sortant. On va jusqu’à chercher sa ressemblance, du point de vue phénotype, avec feu Laurent-Désiré Kabila, ancien président de la RDC et père du président Joseph Kabila. Objectif : trouver les vrais mobiles du choix de cette candidature. « Une personne qui ne peut trahir et qui peut faire passer les intérêts de la famille avant toute chose ».

Mais cette thèse peut être plausible à celui qui n’a jamais suivi le film « président par accident ». C’est un film américain réalisé par Chris Rock et sorti en 2003. Pour un candidat président il fallait « trouver quelqu’un qui perdra à coup sûr aux élections. Ils choisissent Mays Gilliam, un politicien inconnu issu des quartiers pauvres qu’ils pensent pouvoir manipuler facilement. Mais si Mays est en lice, c’est surtout pour s’éclater. Il engage Mitch, son déjanté de frère, en tant que candidat à la vice-présidence, et mène avec lui une campagne des plus originales. Et ça marche : contre toute attente Mays arrive en tête des sondages ». Shadary pourra-t-il aussi être de ces genres de président par accident ? L’inattendu n’est pas aussi exclu. Car quand on s’habitue à surprendre, on finit aussi par se faire surprendre.

Auprès des citoyens ordinaires, Shadary est un inconnu. Une anecdote s’invite pour le décrire : « Si votre Grand-Mère vous demande qui est Emmanuel Ramazina Shadary, il faut dire que c’est l’homme qui avait demandé à la police de jeter des bombes lacrymogènes dans l’Eglise et d’arrêter des catholiques qui avaient osé manifester contre le troisième mandat de Joseph Kabila. Là, la Grand-Mère saura vite le nom de celui qui veut devenir président de la RDC ». En cette période Shadary était encore vice-premier ministre en charge des affaires intérieures, et donc le patron de la police. Il a été désigné candidat alors qu’il était à la tête du parti présidentiel, le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie).

Le sénat, la dernière carte

A part féliciter Kabila qui ne brigue pas de troisième mandat, l’opposition, la société civile et la communauté internationale protestent contre la machine à voter. De son côté la CENI persiste dans l’idée que, sans machine à voter, pas d’élections. Difficile de trouver un compromis sur le recours à cette machine.

Quant à Kabila, il reste protégé par l’article 70, alinéa 2 de la Constitution, qui l’autorise à rester au pouvoir jusqu’à l’investiture d’un nouveau président élu. Aussi, si Kabila ne brigue pas le troisième mandat, il n’est pas interdit qu’il devienne président du Sénat. D’abord, la Constitution lui garantit le poste de sénateur en vie. Et en plus, avec sa fortune, il a des atouts pour être élu Président de cette chambre haute du Parlement. Il suffira que Shadary se déclare, au nom des intérêts de la famille, incapable d’assumer les fonctions du chef de l’Etat, pour laisser libre passage au président du Sénat. Retour de Kabila à la présidence de manière constitutionnelle.

Le choix de Shadary ressemble à un piège contre une candidature unique de l’opposition. Les chances qu’ont cette dernière de s’unir tombent à l’eau. Chacun pourra se prévaloir de battre Shadary à « plate couture » sans l’aide de qui que ce soit. D’où la dispersion des voix en faveur de ce candidat du FCC.

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