Ces viols sur garçons mineurs qu’on ne dénonce pas

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En République démocratique du Congo, la loi punit sévèrement le viol, surtout sur une personne mineure. Si les cas de viols des filles sont dénoncés, ceux des jeunes garçons exploités sexuellement par des femmes majeures restent un tabou. 

Le surnommé Kada a 15 ans. Depuis trois ans, il vit avec une dame d’environ 35 ans à Goma, à l’est de la RDC. Il ne travaille pas, mais il remplit son devoir : « Satisfaire sexuellement sa partenaire qui est la responsable du ménage ». C’est à Noël 2016 que Kada a été sollicité par cette dame et depuis, il n’est pas rentré chez ses parents. Le prénommé Nzanzu, un jeune conducteur de trottinette de 16 ans, vit chez une dame bien plus âgée que lui, qui a la quarantaine. Il passe parfois trois mois sans regagner le domicile de ses parents.

Ils sont nombreux, ces garçons mineurs qui sont violés par des femmes âgées. Ces dames ne sont pas inquiétées et ces garçons mineurs ne sont pas prêts à dénoncer les actes qu’ils subissent. Pour ces mineurs, ces femmes sont obéissantes et discrètes. « Il suffit de satisfaire ces sollicitations. Moi je ne paye rien… », nous déclare le prénommé Nzanzu.

Un goût du plaisir pour les mineurs

Et ces pauvres mineurs sont baptisés dans la société : « Petit poussin », « Mwana 15 ans » (traduisez : enfant de 15 ans), « Mario », (en référence à la chanson Mario de l’artiste congolais Franco Lwambo Makiadi)… Et ils en sont fiers… Des femmes qui confisquent ces gamins expliquent qu’elles les font pour éviter des problèmes. Selon leurs dires, des hommes majeurs vous imposent une vie que vous ne voulez pas et pour la plupart « ils vous exposent aux maladies ».

Nombre de ces jeunes garçons ignorent leurs droits. Ils sont convaincus que seules les jeunes filles sont protégées par la loi sur les violences sexuelles. Pourtant, la loi n° 09/001 portant protection de l’enfant stipule à son article 169 que tout acte sur mineur de n’importe quel sexe peut être poursuivi, entre autres les actes de pédophilie d’un adulte ou d’un adolescent envers un enfant, notamment l’attentat à la pudeur, la relation sexuelle, l’érotisme, la pornographie, l’abus sexuel et le viol, qui sont punis de 7 à 20 ans de servitude pénale principale et d’une amende de 800 000 FCFA…

Quand la « supériorité » du masculin s’en mêle

Les différentes familles des enfants victimes ne fournissent aucun effort pour protéger leurs enfants. Pour le parlement d’enfants, le combat est dur. Elie Kwiravusa, ancien président de ce parlement, indique que sa structure avait transféré 10 cas de viols sur garçons mineurs au TRIPAIX (Tribunal de paix) entre 2011 et 2012, mais sans suite. L’assistant social des enfants au tribunal de paix dit avoir transféré deux cas de viol sur garçons mineurs au tribunal de grande instance. « Nous ne traitons que des cas de viol des mineurs sur mineurs. S’il y a un majeur entre les deux, le cas nous dépasse et nous le transférons au TGI (tribunal de grande instance) », indique l’assistant social des enfants au TRIPAIX de Butembo.

Maître Cathy Abidan, de FJDF (Femmes juristes pour la défense des droits de la femme et de l’enfant), pense que la faute revient au parquet qui est chargé de rechercher les infractions, même à partir des simples rumeurs. « Nous assistons les personnes qui ont pris le courage de demander notre aide, c’est là notre limite », précise-t-elle. Une infirmière au centre hospitalier de FEPSI (Femmes engagées pour la promotion de la santé intégrale) explique qu’il est difficile de prouver le viol sur un homme si lui-même ne le dénonce pas. Jusque-là, aucun rapport n’a jamais été publié pour dénoncer ces viols sur les garçons mineurs.

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