Est de la RDC : Coup-de-gueule des « femmes de joie » à l’égard des hommes mariés

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Un climat de méfiance s’installe entre ces deux camps depuis un certain temps. Mais le côté qui se sent plus embarrassé, confus, troublé, perturbé,… par le cours des événements, c’est celui des « femmes de joie ». Il y a autant des codes pour les identifier : « femmes libres » ou avec un peu d’euphémisme « femmes vivant seules »,…Vos pays respectifs ont des codes, qualifier ces femmes… Mais quel est ce coup-de-gueule, vous demandez-vous ?

Des Mamans au sortir du culte pour célébrer la journée mondiale de la femme © Photo Umbo Salama/archive 2013

Ce vendredi 23 juin à Butembo, à environs 300Km au nord de Goma, à l’est de la RDC. Il est 16h (14h GMT) quand j’entre dans une buvette de la ville pour un verre de rafraîchissement après une dure journée, mais aussi pour mieux débuter le weekend. Une dizaine de clients y prennent la bière et échangent des idées autour des sujets qui semblent les mettre tous d’accord.

On croirait qu’ils sont venus ensemble, pourtant pas… C’est lié à l’hospitalité du milieu. « Quand vous rencontrez des gens assis dans une buvette ou dans un autre milieu, le sérieux veux que vous les saluez d’abord. A leurs tours, ils vous accueillent et vous intègrent dans leurs conversations. Certains peuvent même vous ajouter une bière à l’occasion », explique un habitué de ces buvettes qui m’accueille à l’entrée.

De la musique en sourdine, accompagne ces conversations. Le RNB, RAP et HIP-HOP cèdent petit-à-petit place à la « Rumba congolaise ». Cette dernière série musicale s’interrompt brusquement pour céder place à des anciens succès (tango ya bawendo). C’est l’arrivée d’un homme, cinquantaine révolue. « Il doit être le proprio du bar ! », me suis-je exclamé, en basse voix. Son arrivée a été triomphale. Mais cela n’a pas empiété sur la conversation.

« Une musique bienvenue ou malvenue ? »

Une musique, une chanson, une séquence,… a bouleversé toute l’ambiance amicale qui régnait dans la buvette : « Flora, une femme difficile ». Cette musique de 1987 de Franco Lwambo Makiadi avec le TP OK Jazz parle d’un homme marié qui cherche à draguer une femme mariée à un autre homme, mais sans succès. Cette musique rend nerveuse une femme, qui voit devant elle des hommes qui trichent avec des femmes mariées. Elle s’adresse à haute voix à ces femmes mariées qui, selon cette femme, ne savent pas résister aux dragues des hommes avec qui elles ont des liaisons. « Nous, des femmes vivant seules, nous sommes en colère contre vous les hommes mariés… Et vous me regardez comme si vous n’êtes pas en train de suivre cette musique de Lwambo… Franco ». « Mais qu’est-ce qui se passe ! », s’exclame un homme, le plus âgé des clients, et qui tente de calmer la dame énervée.

Mais, elle ne décolère pas. Selon cette dame, quand les hommes mariés se lancent dans des relations amoureuses en dehors de leurs couples, ils trichent avec des femmes mariées à d’autres hommes. « Et vous pensez comment nous nous allons vivre ; nous des femmes vivant seules. Vous pensez que nous ne sommes à même de vous satisfaire », insiste-t-elle, les larmes aux yeux. On a vu la musique qui s’arrête nette, avant que la buvette ne se vide petit-à-petit des femmes qui sont sorties avec des maris qui ne leur appartiennent pas.

Des femmes qui ne parlaient pendant tout le temps que je venais de passer à cet endroit, sont sorties de leur silence. L’une d’elles prend la parole. « Nous allons commencer à être les premières à dénoncer vos relations extérieures auprès de vos maris ou de vos épouses. Et on s’en fout si vos mariages vont se briser ». Et elle est sérieuse. « Et ils savent qu’ils n’ont pas assez de choix car ils viennent solliciter nos cabanes pour leurs relations amoureuses occasionnelles. C’est nous qui détenons leurs secrets », embraye une autre femme.

Pourquoi ne pas aller auprès de ces hommes et leur dire : « Papa au lieu d’aller avec cette femme qui a déjà un mari et qui risque de te causer des problèmes, triche avec moi qui ne suis pas mariée ? », ai-je demandé. « Ici chez nous à Butembo, les hommes ont peur quand une femme vient pour le draguer. Les rares fois qu’ils peuvent accepter, ils partent sans payer des honoraires », réagit une troisième, les yeux rivés sur la table. Les hommes présents dans la buvette ne trouvent plus de mot pour commenter cette position des femmes de joie. Quand vous racontez l’histoire à d’autres hommes en dehors de cette buvette. Ils s’expriment par un sourire, sans rien dire. Est-ce un sourire de culpabilité ? On dirait que les femmes joie viennent de dire haut ce que nombreux pensaient en basse voix.

Des femmes très nombreuses que les hommes

En effet, la ville de Butembo comme plusieurs autres entités victimes des guerres à répétitions et de l’insécurité incessante, les hommes sont les plus victimes. Dans cette situation, les statistiques des hommes sont de loin inférieures à celles des femmes. Faute des statistiques actualisées au bureau de l’Etat civil, nous nous contentons des analyses de certains étudiants de la région. « Pour l’équilibre social, à chaque homme correspond au moins deux ou trois femmes », explique la psychologue Marie Léa Wasukundi. Selon cette hypothèse a été posée pendant une étude sur les causes du taux élevé des femmes vivant seules dans la ville.

Ces femmes vivant seules ou femmes de joie sont visibles même à des heures tardives de la nuit au tour des bars, bistrots, hôtels, boites de nuit,… à la recherche des partenaires. Rares sont ceux qui en trouvent pour être payées en monnaie de singe. « Entre 1500 et 5000fc (soit entre (1$ et 4$) pour une nuit », se plaint l’une d’elles. Nombreuses sont des déplacées de guerre, d’autres sont envoyées par leurs ménages,…

Toutefois, dans l’un ou l’autre cas, les hommes mariés sont prévenus. Choisir entre perdre son mariage et avoir une liaison avec des femmes de joie. Vous savez au moins où trouver ces femmes, une fois de passage dans cette ville.

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