Chanter l’hymne national, un casse-tête pour des congolais

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Lors de l’exécution du « Debout Congolais », l’hymne national de la République Démocratique du Congo, certains bavardent ou refusent de le chanter. Pourtant c’est un symbole fort de l’unité de la nation et du patriotisme. La négligence, l’ignorance et le découragement de certains congolais expliquent ce manque de civisme.

De G à D : Nyonyi Masumbuko (Maire de Beni), Sikuly’Uvasaka (Maire de Butembo), Général Awashango Cdt de la PNC au Nord-Kivu, Valérien Mbalutwirandi, ministre de l’intérieur au Nord-Kivu, lors de l’hymne à l’inauration du bâtiment de la police de l’enfance à Butembo © Ph Archives (Mars 2014)

Dans toutes les villes et autres entités de la RDC le drapeau national est partout : dans toutes les concessions scolaires et les enceintes de l’administration publique. Tous les jours, lorsqu’on hisse le drapeau l’hymne national est exécuté. Si vous observer avec attention ceux qui exécutent cet hymne vous risquez d’exploser de rire. Certains s’arrêtent et prennent une position fixe pour saluer le drapeau mais ne chantent pas toujours les paroles de l’hymne national.

On y voit des gens qui marmottent des mots inaudibles on dirait des bavards. D’autres se taisent tout simplement. Des phrases comme « courbé… courbé » au lieu de « longtemps courbé » ou encore « posteriste » au lieu « postérité »… Des exemples sont légion. Observez vous-même des joueurs lors des compétitions africaines ou internationales quand arrive le moment de chanter l’hymne national. Patrick Tsico, ancien bourgmestre et enseignant en sciences politique et administrative à l’UCG (Université catholique du Graben) explique que la connaissance du texte et de la mélodie de l’hymne national est obligatoire pour tout Congolais. « C’est le symbole de la nation qui traduit les aspirations de tout un peuple. Il contient la philosophie et la vision même d’une nation ». Les autorités administratives s’émeuvent de ce comportement mais n’agissent pas. Certains pensent que c’est facultatif de chanter l’hymne national. Pourtant c’est un usage bien connu, ça ne coûte rien.

« Poste de radio et clé USB, une alternative »

Plusieurs autorités locales ont trouvé une alternative lorsqu’il s’agit de chanter l’hymne dans une manifestation officielle. Le chef du protocole vient avec une radio et une clé USB ou une carde SD qui contient l’hymne. Il est ainsi joué à la radio et épargne des participants à prononcer des mots qui ne sont pas du texte. Là c’est facile.

Aucun accent n’est mis sur son apprentissage comme pendant la deuxième république sous le règne de Mobutu. Les autorités de l’époque étaient très rigoureuses dans l’application des sanctions contre ceux qui ne respectaient pas « La Brabançonne », «Le Debout congolais» ou encore « La Zaïroise ». Ils risquaient même l’emprisonnement. Selon le politologue Kahindo Muhesi, depuis 1965 le pays a été soumis au régime de Mobutu qui a contraint beaucoup de gens à oublier le « debout Congolais » au profit de « la zaïroise ». Aussi ceux qui ont remplacé Mobutu n’ont pas insisté sur le patriotisme à afficher en public et la guerre de 1998 a découragé certaines personnes à s’affirmer comme des congolais.

De même le code pénal est silencieux sur les sanctions à appliquer à ceux qui refusent délibérément de chanter et ou qui distordent le texte de l’hymne national. M Benjamin Kahemulo, défenseur judiciaire au Tribunal de grande instance explique que seul le code pénal militaire du 18 novembre 2002 qui réprime ce comportement et ne définit que l’infraction d’outrage au drapeau sans faire allusion à l’hymne national. Or il s’agit, affirme-t-il d’une manifestation injurieuse à l’égard du drapeau. Ce sont les militaires, les policiers ou autres assimilés qui peuvent se rendre coupables de cette infraction. Rien n’est alors dit sur l’hymne national. Toutefois, pour certains le respect dû à l’hymne national relève du civisme.

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